BELHARRA : 24H DANS LA VIE D’UNE VAGUE MONSTRUEUSE



"Il est difficile de décrire les instants magiques. Habituellement, nous les gardons dans nos têtes. Aujourd’hui, je vous livre mon ressenti, à Belharra, dans un bateau, au plus proche d’une vague de quinze mètres suite à la tempête Hercule. J’espère que ce reportage, au coeur de l’action, apportera une vision plus juste de ce que représente l’exploit des surfeurs ce jour-là. Comparer uniquement la taille des vagues en s’appuyant sur des photographies prises au téléobjectif banalise ces aventuriers…"
Jean-Charles BARTHELET
 

Il est 21H30 ce 6 janvier 2014 et je reçois un septième SMS. « Salut JC, RDV demain 7H15 port de Ciboure, soit à l’heure. Aloha ».
Bingo ! J’ai une place sur un bateau pour photographier un des plus gros swells au large de Saint Jean de Luz et Socoa sur la côte Basque. Une vague géante qui ne fonctionne que rarement et qui se forme sur un haut fond à trois kilomètres du bord.
Urgence : Préparer mon matériel, charger quatre batteries, inspecter mes cartes CF et faire tenir le tout dans mon sac photo. Ce SMS était ma dernière piste.

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21:30 Je préparte le matos pour Belharra

0:30 Maintenant, il va falloir dormir. Lever prévu à 5:15 et je suis excité comme un enfant la veille de Noël. Une tachycardie qui se régule de minute en minute. Je consulte une dernière fois quelques images de Belharra pour m’assurer des prises de vues à ne pas manquer et me glisse sous ma couette avec ma BD du moment.

5:00, je n’ai pas beaucoup fermé l’oeil. Même le réveil dort encore, et n’a pas eu le temps de sonner. Tant mieux, ce con de réveil me rappelle l’école, il m’insupporte.

Le compte à rebours est lancé : Douche, café, internet, café, lavage de chicots, direction la voiture. Bonne nouvelle, il fait bon dehors.

Direction Ciboure, autoroute. Je croise un VW T5 qui tracte un jet ski. Bonne nouvelle, je ne me suis pas trompé de jour. Dans ma tête tout va très vite et mes idées se brouillent.

temperature

Cool, la journée commence bien. Levé à 5:15

7:15 Arrivée au port de Ciboure, l’équipage est là. Le bateau aussi, un white shark. (rassurant pour aller se frotter à la bête). Il y a déjà une quinzaine de personnes au petit port et les nationalités s’enchaînent. Il fait nuit.

Je connais peu de monde et m’amuse à deviner qui me serre la main. Un pilote de tow in ? Un surfeur de gros ? Un pote d’un pote ? Un photographe ?

L’ambiance est zen, décontractée mais on sent que le jour est spécial. Sur le ponton, les guns (grandes planches de surf) s’entassent entre les valises des photographes et les gilets gonflables de sécurité.

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Sur le port de Ciboure, les guns s’entassent. 
Les premiers soucis arrivent, un jet a des ennuis. Il paraît que les plus belles journées de surf commencent souvent avec des ennuis. Je suis (presque) rassuré. La nuit se lève doucement.

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Jet ski en panne. C’est bon signe, il paraît.
8:00, nous décollons. J’attendais ce moment avec impatience. Belharra pourrait ne revenir que dans deux ou trois ans.

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Mon équipage est prêt.
On me conseille de mettre toutes mes affaires à l’abri. Le bateau s’éloigne du quai, avec six personnes et deux jets qui nous suivent.
J’ai pris la place de devant, la plus mauvaise (face aux embruns). Nous sortons facilement du port et Belharra est déjà visible. Vu d’où nous sommes, c’est une grosse mousse.

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Nous sommes les premiers à Belharra. Normal il fait nuit.
08:30 Le lever de soleil est incroyablement joli sur le pays-Basque.Il nous rappelle que nous vivons dans un lieu d’exception.
La vague est désormais proche, il règne une ambiance quasi mystique et nous sommes les premiers arrivés. Le bruit des moteurs des jets semble s’amplifier dans la pénombre .

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Le soleil se lève sur le Pays Basque
09:00 Le jour s’est levé. Belharra est encore une jeune fille, douce et apaisée. Des jets ski arrivent au loin. Certains surfeurs les identifient déjà. « Voilà le portugais » ou « Les gars, Jamie arrive »
Les protagonistes sortent les cordes qui serviront à les tracter. Discussion. Quelle taille fera Belharra aujourd’hui ?

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Les jets ski préparent le matériel de tractage
09:30 Une série vient de passer. Plus grosse que les autres. Un son assourdissant. Cela me rappelle Tahiti. Je demande quelle taille faisait cette vague, pensant que c’était un gros Belharra. Le surfeur me sourit. « En descendant, ça va doubler« . Bordel, doubler ? ! ?

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La vague commence à ronfler
Nous sommes maintenant trois bateaux et une dizaine de jets. Je me demande comment tout ce petit microcosme s’organise. Pour un novice du surf de gros, c’est une vraie découverte.

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Un monde à part. Des petites fourmis de partout.
Gibus de Soultrait lui, est même venu en ramant depuis le port de Ciboure dans une eau à douze degrés.

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Gibus de Soultrait est venu à la rame !
Parfois, Bixente Lizarazu discute avec notre pilote depuis son bateau et repart se positionner. Toujours bien placé, Bixente connaît Belharra…

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Bixente Lizarazu sur son bateau supporte son frère à Belharra (bonnet noir)
J’aperçois Pilou Ducalme, Shane Dorian, Benjamin Sanchis, Justine Dupont, Vincent Duvignac, Thomas Cottin. Entre les séries, nous discutons. La vague couvre parfois nos paroles.

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Des cris éclatent, Shane Dorian vient de prendre Belharra à la rame. D’autres vont suivre. Une folie. Les surfeurs tractés s’arrêtent de shooter pour laisse place à ceux qui tentent de surfer le monstre à la rame.

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Premières vagues à la rame à Belharra

La marée baisse et Belharra se renforce. Certaines vagues dépassent les dix mètres. On m’assure que cela grossira. J’ai du mal à le croire (ou je préfère ne pas le savoir).

Notre pilote est précis et expérimenté. J’ai moi-même un permis bateau et suis surfeur ; cela ne m’empêchera pas de prendre peur. Nous sommes parfois à 80 mètres du monstre et subissons aussi.

Bien que l’ambiance soit cool à l’eau, chaque bateau essaie d’être au plus près. Les pilotes se placent pour que nous puissions prendre une photo sans être gêné par un autre. Forcément, il y a une limite naturelle à ce jeu, celle du peak..Notre pilote est expérimenté, il gère le bateau à coup de gaz, au mètre prés.

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On distingue l’avant du bateau. Parfois nous sommes à 80 mètres du monstre

Belharra c’est un vrai chantier. Tout le monde s’agite mais chacun sait ce qu’il doit faire.

La vague est énorme. C’est un cauchemar réel. On ne se croirait pas en France.

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En milieu de journée les plus gros sets arrivent. Certaines vagues approchent une quinzaine de mètres. Dans le milieu, au-delà de dix mètres, on ne compte plus. On dit « C’est gros ». Un point c’est tout. Le reste c’est pour le journal de TF1. Ici, les mecs se font plaisirs.

Parfois, tu vois un surfeur à la rame essayer de prendre un monstre. A ce moment-là, je vous jure ça m’est arrivé, tu te dis : » non, mec fais pas ça. Attends la prochaine. C’est trop gros là… »

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Pendant que les rameurs se déchainent, Rico Leroy pilote un jet en attendant son tour. Il sourit. Je me demande à quoi il pense.

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J’en profite pour souligner la grande maîtrise et l’engagement des pilotes de ces jets ski. Mal vus dans les médias. « bruyant et inutiles en mer ». Ici ils sont indispensables et ont un rôle primordial.

Pour faire leur travail au mieux, ils doivent être au plus près du surfeur et donc de la vague.. Respect les gars !

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Quand une vague grossit, les engins motorisés ont quelques secondes pour évacuer.

Les jets ski sous la vague sont une vraie sécurité

Quand un gros set arrive, les jets de sécurité doivent fuir vite…

A Belharra, les séries sont espacées. Vingt minutes parfois. Trois vagues dont les dernières sont les plus impressionnantes car les premières lissent le plan d’eau et donnent encore plus de perfection aux suivantes.
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De temps en temps, tu photographies une vague sans voir ce qui va arriver derrière. D’un coup, tu découvres la seconde vague. C’est une sensation plutôt désagréable mais excitante. Probablement une question d’habitude.

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Les vagues arrivent d’un coup, cachées par les précédentes

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Bien que certains aient réalisé des exploits de jour-là, les plus grosses bombes reviennent à Peyo Lizarazu. Pendant quelques temps, il n’arrête pas. Tu comprends l’importance de connaître une vague, les « locaux ».

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Certaines mauvaises langues diront qu’il est chez lui et qu’il a une certaine « priorité ». Probablement. Mais moi, la priorité, je la lui laisse à Belharra.

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Je suis resté pratiquement dix heures sur l’eau à me faire secouer, sans manger ni boire. Un petit mal de mer en option pendant deux heures. Si on ajoute des bons moments de stress quand les séries gonflaient, je vous jure que c’est épuisant. Imaginez les surfeurs à l’eau…

Pendant ce temps Rico Leroy et Antoine Albeau envoyaient du gros. Du coup, c’est ridicule mais en le voyant piloter le jet-ski, je me suis senti plus en sécurité sur son bateau, piloté par son ami :-)

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Antoine Albeau et Rico Leroy (Jet ski)

Du large, on peut distinguer les scintillements des voitures sur la corniche d’en face. On imagine tout ce petit monde garé en bord de route et qui tente d’apercevoir le monstre. Dans ces moments là, on se se sent privilégié.
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Belharra fatigue les hommes mais le matériel aussi. Autour de 13H, il aura suffi d’une seule grosse vague pour casser six planches. Quand on voit la taille et l’épaisseur de ces planches, on imagine la pression qui s’est abattue dessus.
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Tail (arrière) cassé

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Tail (arrière) cassé

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Belharra atteignit une quinzaine de mètres ce jour-là. Les surfeurs attendaient plus. Pour ma part, j’étais satisfais, croyez-moi.

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Gill Beurnier Belharra

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Nous quittons Belharra à 17:00 presque de nuit. Premiers arrivés, derniers parti. Un pincement au coeur. Belharra fonctionne encore. Nous entendons les séries se fracasser comme on détruit un immeuble du XVI ième arrondissement.

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Emilien Lojou et Remy Aruso étaient avec nous

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Rico leroy

Retour au port de Ciboure dans la même pénombre que celle du matin. Merci à tout l’équipage !

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Benoit Brecq n’a pas surfé mais a piloté avec le sourire et dextérité

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Les planches cassées à la poubelle !

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Je remercie Quentin Marty et Lee Ann Curren sans qui je n’aurais pu faire cette journée, je félicite notre pilote Benoit Brecq qui a supporté mes peurs et qui a répété toute la journée « C’est bon JC, on passe…On passe… ».

Un énorme merci à Rico Leroy, propriétaire du bateau qui m’a offert un moment inoubliable ce 7 Janvier 2014. Big Up
Jean-Charles BARTHELET

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