Interview exclusive avec Mikaël Brageot et Nicolas Ivanoff



Le Red Bull Air Race s’arrêtera pour la première fois de son histoire en France, à Cannes. À l’occasion de cet évènement, The Rider Post a rencontré les deux pilotes français, Mikaël Brageot et Nicolas Ivanoff.

Bonjour Mikaël Brageot et Nicolas Ivanoff. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Mikaël Brageot : « Mika Brageot. Je suis pilote de voltige aérienne. Je suis Français et j’ai 30 ans. »

Nicolas Ivanoff : « Nicolas Ivanoff. Français. Pilote de voltige aérienne et j’ai 30 ans de carrière.  » (rire)

 

C’est la 1ère fois que la France va accueillir une étape du Red Bull Air Race. Est-ce que ça vous met une pression supplémentaire ou au contraire est-ce un avantage psychologiquement de voler à domicile ?

 Nicolas Ivanoff : « Les deux. Nous avons forcément davantage de pression que les courses habituelles. Les médias nous sollicitent davantage et il faut répondre à cette demande médiatique. De plus, tous les copains et beaucoup de personnes que nous connaissons vont assister à cette étape, donc c’est forcément une pression supplémentaire… c’est surtout les « à cotés » parce qu’une fois dans l’avion on pense à notre course seulement »

Mikaël Bragot : « Après on connaît l’endroit, on sera avec nos proches et ça aussi ça compte. On sera dans de meilleures conditions que lorsque l’on fait des courses dans pays étrangers, c’est certain. »

 

La France est un pays pionnier en termes d’aviation et regroupe quelques-uns des meilleurs pilotes au monde dont vous êtes l’exemple. Comment expliquez-vous qu’il ait été si long de voir une étape se dérouler dans notre pays ?

Mikaël Brageot : « Red Bull a été commercialisé très tard en France. Étant donné que ce sont eux qui organisent l’événement, ça a sûrement dû compter. Depuis que Red Bull s’est implanté en France et a explosé c’est plus simple d’organiser une course. Et on espère que ça va perdurer en France et qu’il y aura d’autres évènements de ce type. »

 

Combien de personnes sont attendues à Cannes, les 21/22 avril 2018 ?

 Mikaël Bragot : « D’après les organisateurs environ 100 00… »

Nicolas Ivanoff : « Oui, même 200 000 peut-être. C’est difficile de dire étant donné que c’est une première. Mais tous les éléments sont réunis et puis Cannes c’est mondialement connu. C’est en bord de plage, le spot est magnifique. Dans tous les cas, ce sont des prévisions basses. On préfère être agréablement surpris le jour J. »

 

 Vous attendez-vous à ce que cette course ait un impact positif sur les aérodromes et votre discipline en France ?

 Nicolas Ivanoff : « Bien sûr. C’est le but. L’objectif est de faire connaître davantage ce que nous faisons au grand public. C’est important pour nous d’être accepté et vu comme les autres disciplines. L’objectif c’est aussi que l’on arrête de voir la voltige ou le Air Race comme une discipline à part. »

 

Il y a d’autres pays où votre sport est peut-être plus connu et donc reconnu par le grand public ?

Nicolas Ivanoff : « Hmm… Les États-Unis s’y intéressent même si ça reste moins populaire que les courses de voitures. »

Mikaël Brageot : « À Budapest l’engouement des gens était super ! »

Nicolas Ivanoff : « Au Japon aussi, les gens respectent énormément ce que nous faisons. C’est un peu dans leur tradition, ils ont une approche du sport en général plutôt bonne. »

 

© Red Bull Content Pool

Pour un jeune de 7 ou 8 ans qui ne connaît pas votre discipline et qui est amené à la découvrir lors de l’étape française, quel parcours faut-il avoir pour pouvoir un jour qu’il parvienne lui aussi à devenir voltigeur ?

 Nicolas Ivanoff : « Je lui dirai d’attendre un peu déjà. Pour commencer à piloter, c’est plus vers 11-12 ans. Sauf s’il est très grand. »

Mikaël Brageot : « Ce n’est pas une question d’âge, c’est une question de taille. Il faut être assez grand pour pouvoir accéder aux commandes. »

Nicolas Ivanoff : « Ensuite, il faut qu’il s’entraîne à piloter, puis le mieux c’est qu’il s’inscrive dans un aérodrome et qu’il commence par de petites compétitions de voltige. Et puis ensuite comme dans n’importe quel sport, il faut qu’il gagne ses premières courses et qu’il gravisse les échelons. »

Mikaël Bragot : « Mais il n’y a pas de parcours type. Aucune école ou centre de formation n’existe. La plupart des professionnels sont soit des pilotes de ligne, soit issus de l’armée. »

 

La passion de l’aviation est arrivée dès le plus jeune âge chez vous ?

 Nicolas Ivanoff : « Moi non. La passion est arrivée vers l’âge de 11 ans. Je m’intéressais surtout au ski lorsque j’étais plus jeune. Mais comme j’habitais loin de la montagne, je n’y allais pas souvent et c’était difficile de progresser. L’aviation n’est venue qu’après. »

Mikaël Brageot : « Moi c’est venu assez tôt. C’est mon grand-père qui m’a emmené essayer le pilotage lorsque j’étais enfant. Il m’a emmené comme ça, seulement pour me faire découvrir l’expérience et j’ai de suite accrochée. Je pense qu’aujourd’hui il regrette un peu… Disons que c’est un métier artistique donc forcément c’est put-être pas un « vrai » travail pour lui

 

Vous faites partie de 2 teams différentes. Mais, vous êtes Français tous les deux. Va-t-il y avoir une certaine solidarité durant l’étape de Cannes ?

 Mikaël Brageot : « Bien sûr ! Il va falloir montrer une belle image de ce que nous faisons, mais aussi de nous-même. L’idée c’est qu’il y ait d’autres courses de ce type dans notre pays donc on va essayer de faire le maximum.»

 

© underground pictures

Le grand public peut parfois avoir du mal à comprendre ce qui pousse les grands riders à prendre de tels risques lorsqu’ils affrontent d’immenses vagues ou montagnes. J’imagine que vous devez être confronté à ces mêmes incompréhensions. Comment expliquerez-vous ce désir de prendre des risques ?

 Nicolas Ivanoff : « On ne prend aucun risque. Tout est maîtrisé et nous savons parfaitement ce que nous faisons. Lorsque l’on rentre dans l’avion, on connaît parfaitement le trajet. Après c’est vrai que dès fois ’on ne se rend pas vraiment compte. Une fois j’étais en bas et j’ai vu un avion passé à toute vitesse au-dessus de moi et je me suis dit : « Oula c’est à moi de faire ça après ? » J’avais envie de lui dire « Doucement je suis en bas ! ».

Mikaël Brageot : « Mais nous ne pratiquons pas un sport extrême. C’est une discipline artistique… »

Nicolas Ivanoff : « À la différence des sports extrêmes, nous nous concentrons sur le plaisir et la performance technique. On n’essaie pas de repousser les limites en termes d’exploit. Lorsque je prends un virage plus serré, c’est que je sais que je peux le prendre et c’est la recherche de la performance technique. Peut-être que le surfeur ou le skieur va prendre plus de risque en recherchant l’accomplissement d’un exploit ou d’un record »

 

La France et un grand pays d’aviation. Les pilotes français comptent parmi les meilleurs de la planète. Et pourtant, aucun français n’a jamais fait de podium au classement général des Redbull AirRace Master Class. Comment expliquez-vous ce paradoxe ? Même si, vous, Mikaël vous avez déjà remporté les Redbull Air Race Challenger Class.

 Nicolas Ivanoff : « Moi j’ai déjà fait des podiums lors ma carrière. Mais pas au classement général, c’est vrai. C’est difficile de répondre… Durant longtemps déjà j’étais le seul pilote français sur le circuit. Et puis nous avons une très grande tradition de la voltige aérienne en France. Il y a même des années où les il y a assez de bons pilotes qui sortent pour voir constituer deux équipes de France. »

Mikaël Brageot : « Pour l’instant ce n’est pas arrivé, mais ça va forcément arriver. »

 

Pour finir, quels sont vos objectifs pour la saison ?

 Mikaël Brageot : « Des podiums. Faire un maximum de podiums c’est le plus important. Le passé nous a montré que c’est la régularité qui paye. En 2016, on en a eu un exemple parfait avec l’Allemand Matthias Dolderer. Il a été extrêmement régulier tout au long de la saison. Et puis il faut aussi une part de chance. »

 

C’est-à-dire ?

 Nicolas Ivanoff : « Dès fois, ça se joue à quelques centièmes ou millièmes de seconde. Et la chance penche d’un côté ou de l’autre. C’est très rageant. »